Mes expériences

J’aimerais introduire ma « biographie chamanique » par cinq citations qui sont au centre de mon parcours :

  • « Si tu ne vas pas dans les bois, jamais rien n’arrivera, jamais ta vie ne commencera. » (Clarissa Pinkola Estes, Femmes qui courent avec les loups)
  • « Chez les Conibo de la Haute-Amazonie, apprendre des arbres est considéré comme supérieur à apprendre d’un autre chamane. » (Michaël Harner, La voie du chamane)
  • « Ce que je sais, je l’ai appris dans les bois et les champs. Je n’ai eu d’autre maîtres que les hêtres et les chênes. Vous apprendrez plus dans les bois que dans les livres. Les arbres et les pierres vous enseigneront plus que ce que vous ne pourrez apprendre des lèvres d’un professeur. » (Joseph Epes Brown, cité par Eric Julien, qui a passé plusieurs années avec les chamanes Kogis en Colombie).
  • « L’homme capable d’établir une relation avec les arbres, les rivières, l’eau qu’il boit, est un homme libre. » (idem)
  • « Un chaman est un homme ordinaire qui a été formé rudement par plusieurs maîtres afin de purger sa personnalité de tout pouvoir émanant de lui-même. » (Luis Ansa, La Nuit des chamanes).
  • Et : « Ferme les yeux, et tu verras » (R.L.).

Expériences initiales

Durant l’été 2004, je suis en vacances avec ma famille près du lac de Serre-Ponçon, dans les Alpes. Un après-midi, nous nous rendons au lac pour la baignade. Je dépose les affaires sur la plage quand, soudain, mes yeux sont attirés par les vaguelettes qui viennent tout doucement s’échouer sur la berge. Je les regarde, et soudain il se passe quelque chose d’étrange et inattendu : j’ai l’impression bizarre que les petites vagues m’appellent. Je laisse tout sur place, je m’approche du lac, je mets mes mains dans l’eau, et là, j’entends distinctement dans ma tête : « Bonjour René, nous te souhaitons la bienvenue en ce lieu. » Je reste quelques instants sans bouger. Je me sens pris dans un autre monde. J’ai l’impression que le temps s’arrête. Les sons, les cris des enfants, le chant des oiseaux, tout me parait venir de loin, comme si j’étais dans une bulle, comme si j’avais franchi les frontières d’un autre monde. Je ne sais plus s’il fait jour ou nuit, je ne sais plus vraiment où je suis ni ce que je fais là. Je suis troublé, ému, abasourdi – c’est la première fois qu’une telle chose m’arrive – mais j’ai aussi un grand sourire dans le cœur. L’expérience n’a duré que quelques secondes, mais elle m’a profondément marqué.

Un lac entouré d'arbres dans la montagne

Même année, un mois plus tard. Je suis avec mes enfants dans une piscine découverte de Strasbourg, il y a beaucoup de monde, beaucoup de bruit, beaucoup de cris. Les enfants vont se baigner, je me couche à l’ombre d’un saule pleureur, je lève les yeux et là, même étrange expérience « hors-sol » qu’au lac de Serre-Ponçon : les feuilles du saule se mettent à vibrer à l’unisson, j’ai l’impression qu’elles me regardent – c’est un regard que je ressens comme amical et bienveillant – et j’entends ces mots dans mon esprit : « Bonjour René, nous te souhaitons la bienvenue dans ce lieu. » Il fait chaud, mais j’ai des frissons dans le dos. Je suis ému, à nouveau touché au plus profond de moi-même. D’abord le lac, maintenant l’arbre.
Magnifiques expériences qui auraient pu – qui auraient dû – changer ma vie, mais, mais, mais… je n’en fais… RIEN.

Et pourtant, en y réfléchissant à rebours, tous les principes fondamentaux du chamanisme étaient là : TOUT est vivant, TOUT a un Esprit, TOUT veut communiquer, « parler », TOUT souhaite établir une relation d’harmonie avec les humains. TOUT était là… et je n’ai rien vu, je n’ai rien compris
Les Esprits de la Nature ont voulu me dire quelque chose, ils m’ont appelé, mais je n’ai pas écouté, je n’ai pas utilisé ce merveilleux cadeau offert par les Esprits. Sans doute n’étais-je pas prêt. Par peur d’être jugé, incompris, je n’ai pas eu le courage de raconter ces expériences à mes proches. Je n’ai rien dit. J’ai tout gardé pour moi. Et j’ai mis ces deux belles expériences dans les oubliettes de ma mémoire.

Jusqu’en septembre 2019.

Quinze années plus tard

En 2019, j’habite dans une petite ville de la jolie Vallée de la Bruche, dans le massif des Vosges, à 50 kms de Strasbourg. Fin septembre, je travaille dans mon bureau, je regarde par la fenêtre vers le petit parc attenant à la maison. Les feuilles des arbres prennent les belles couleurs chatoyantes de l’automne. Il se met à pleuvoir. Et soudain, l’envie me prend de mettre sous la pluie sans aucun vêtement. Il n’y a aucun risque qu’on me prenne pour un fou, le parc est privé, c’est la fin de la journée, je suis seul et je n’attends aucune visite. J’enlève mes vêtements, je vais sous la pluie, j’ouvre mes bras, je lève le visage vers le ciel, et j’accueille chaque goutte de pluie sur mon corps. J’ai la belle et claire impression que chaque goutte de pluie me dit « bonjour » et m’envoie un message bienveillant. Je souhaite la bienvenue sur mon corps à chaque goutte d’eau, mais je ne fais pas encore le lien avec les deux expériences mentionnées plus haut. Je suis touché par cette marque d’amitié de la Nature, c’est comme si quelque chose de nouveau naissait en moi, un nouveau lien avec la Nature, un lien plus proche, plus personnel, plus intime.

Par un curieux hasard (on appelle cela une synchronicité), au même moment, plusieurs personnes me demandent de faire partie de petit groupe de travail qui a pour objectif d’organiser des journées « bien-être » pour le compte de l’Office du Tourisme de Schirmeck. Parmi ces personnes, il y a une femme qui parle courtement de cours qu’elle prend auprès d’une chamane à Strasbourg. Mon oreille se dresse et j’enregistre l’information. Quelques jours plus tard, je rencontre cette personne, elle me donne quelques éléments de ces cours, nous évoquons des thèmes chamaniques comme par exemple l’animal-totem. Comme il y a une dimension psychologique assez forte dans ces cours (psycho-généalogie), je ne me sens pas intéressé à aller plus loin dans cette direction.

Arrive novembre 2019. Dans une revue, je lis un article consacré au film « Un monde plus grand » (adaptation du livre de Corine Sombrun Mon initiation chez les chamanes). L’auteur de l’article souligne un des aspects marquants de l’expérience de Corine Sombrun : le lien retrouvé à la nature, un lien profond, mystique, presque « magique ».

Ça fait « blink » dans ma tête, un petit tiroir s’ouvre quelque part dans les méandres de mon cerveau, et l’expérience du Lac de Serre-Ponçon et de l’Arbre de la piscine refait surface. A ces deux expériences s’ajoute aussitôt celle faite sous la pluie dans le parc quelques semaines auparavant. Un frisson me parcourt la colonne vertébrale. Je suis troublé. Quelque chose en moi vacille. Je sens que quelque chose veut revivre, veut (re)prendre de la place. Et c’est lié à la Nature (avec un N majuscule), au Mystère de la Nature, au Vivant de la Nature.

Je décide d’aller voir le film.  Mais le film me laisse sur ma faim (le côté « romanesque » prend le pas sur le côté « mystique » ou chamanique, à mon avis). Néanmoins, je persévère, j’achète le livre de Corine Sombrun. Et le livre me parle, j’accroche à l’aventure de Corine. J’écoute quelques-uns de ses interviews. L’approche scientifique de son expérience me plait. Elle ne remet pas en question ce qu’elle a vécu, elle essaye de comprendre. Je sens de la sincérité dans son témoignage. Difficile de mettre en doute son vécu.

Me revient aussi en mémoire la petite discussion sur l’animal-totem. J’y songe un soir dans mon lit, je ferme les yeux et voilà que je me retrouve en forêt, un loup s’approche de moi ; il me dit : « Je m’appelle Loup, je suis ton animal-totem. Je vais t’accompagner. » L’expérience ne dure que deux ou trois minutes, mais elle est forte, elle me parait « vraie ». Elle me semble « réelle ». Se peut-il qu’il y ait finalement une autre réalité, une réalité invisible, un autre monde ? Là, tout près de moi ? Juste à côté de moi ?

Suivent quelques expériences de synchronicité assez étonnantes pour mon esprit relativement cartésien. Suivent aussi quelques rencontres avec Loup, quelques « voyages » avec Loup (je ne connaissais pas encore à ce moment-là le terme « voyage chamanique »).

Ces expériences de synchronicités, ces rencontres avec mon Animal-Totem finissent par mettre à terre ma conviction qu’il n’y a qu’une seule réalité, celle qui est visible et qu’on peut appréhender par nos sens. Un soir, j’abdique, je rends les armes. Je m’ouvre en douceur à la possibilité d’une autre réalité. Je décide de faire confiance à l’Invisible. Je renoue avec l’expérience du Lac de Serre-Ponçon et de l’Arbre de la piscine. J’accepte l’Autre Réalité. Et soudain, pour reprendre le beau titre du film, mon « monde devient plus grand ». L’arbre n’est plus une chose brune et verte, mais il devient mon « grand-frère », les fleurs du jardin deviennent mes « petites sœurs », les oiseaux deviennent mes « amis ». Une relation s’engage. Le monde devient « Vivant ». JE deviens vivant.

Mais, pour autant, je ne suis pas naïf, je veux comprendre. Si mon chemin doit passer l’acceptation d’une Monde Invisible tout aussi « réel » que le Monde Visible, il me faut plus de connaissances. Si j’ai quelque chose à vivre avec le chamanisme, il me faut comprendre ce qu’est cette voie. On ne gravit pas le Mont-Blanc en tongs et sans préparation.

J’achète des livres. Je tape « stage chamanique » sur Google. Je m’inscris à un stage de découverte du chamanisme celte, prévu pour février 2020.

Mais avant ce stage, vient la plus belle expérience…

La lumière du soleil passant à travers les arbres

Rencontre avec l’Esprit de la Nuit : comment tout a (vraiment) commencé, ce que j’ai appris

Début janvier 2020 (un mois après ma découverte du chamanisme), j’étais assis dans le salon avec mon épouse et l’une de mes filles. Il était 20h15 environ, nous regardions les infos à la télé quand, soudain, j’entends une voix en moi : « Va dans la forêt ! » Je suis surpris, j’hésite, mon mental me sort toutes les bonnes raisons pour ne pas suivre cette injonction un peu bizarre et inattendue : on est début janvier, c’est l’hiver, il fait nuit, il fait froid. Qu’est-ce que j’ai à faire dans la forêt à cette heure-ci ? D’ailleurs, personne ne va en forêt comme ça, dans la nuit ! Pour y faire quoi ? Mais la voix résonne à nouveau en moi – elle ne laisse pas arrêter par mon mental – elle se fait même plus pressante : « René, va en forêt ! » J’hésite encore quelques instants, mais quelque chose en moi me pousse à obéir : j’abdique, je décide de suivre ce qui ressemble fortement à un appel, l’appel de la Nuit, l’appel de la Forêt.

Je me suis levé de mon fauteuil et j’ai dit à mon épouse et à ma fille : « Je vais aller faire un tour en forêt. Je serai de retour dans une heure. » Curieusement, ni l’une ni l’autre n’a posé de questions ; elles ont juste dit : « Bonne balade ! » C’est ainsi que l’aventure a commencé.

Je me suis habillé bien chaudement, j’ai mis de bonnes chaussures, j’ai pris une torche en passant. J’ai sorti la voiture, j’ai roulé 10 min vers un endroit que je connaissais, je me suis garé sur un parking à l’orée de la forêt. La torche à la main, prêt à l’allumer au moindre bruit bizarre, j’ai marché quelques minutes sur un chemin forestier que je connais bien… de jour. La nuit – je m’en suis vite aperçu – tout est différent, on perd très rapidement les repères habituels.

Je me retrouve donc là tout seul dans le monde nocturne de la forêt. Il n’y a aucun bruit, à part une petite fontaine qui coule – mais ce n’est pas très rassurant : je crois entendre des voix humaines dans le murmure de l’eau.

D’ailleurs, rien n’est rassurant ! Les branches des arbres ressemblent à des pattes d’araignées, il y a des masses sombres et crochues qui m’ont l’air terriblement menaçantes (en fait, ce ne sont que des souches ou des rochers). J’ai la sensation bizarre d’être observé, j’ai l’impression qu’il y a des « choses » derrière mon dos, je n’ose même pas regarder derrière moi.  Je commence à me demander ce que je fais là, j’ai le sentiment d’être perdu dans un monde inconnu, étrange et dangereux.

La raison a beau me dire que je n’ai rien à craindre, n’empêche, au fond de moi, je ne me sens pas tout du tout à l’aise. L’imagination prend le pas sur la raison : des contes, des souvenirs de récits étranges entendus ici ou là me reviennent en mémoire, des bouts de films d’horreur jaillissent dans mon esprit. Houlà, ça se bouscule dans ma tête : la souche déracinée, là, juste à côté, commence à se transformer en monstre hideux, le bruit de feuilles froissées par un petit animal quelconque à quelques mètres de moi me fait chaque fois sursauter de frayeur… Plusieurs fois, j’ai envie de prendre mes jambes à mon cou et de m’enfuir sans demander mon reste !

Mais, heureusement, je discerne le toit de ma voiture qui luit un peu dans la nuit, ça me rassure un peu.

Heureusement aussi qu’il y a les étoiles : pour faire taire mon mental effrayé, je regarde vers le ciel. Elles sont là, les étoiles, elles brillent, elles me font signe, elles me disent : « N’aie pas peur. » Le magnifique ciel étoilé mes pensées. Je me sens un peu mieux. Pendant quelques minutes, je profite du silence de la forêt – je pressens un peu confusément tout ce que je pourrais vivre de beau, tout ce que je pourrais expérimenter et apprendre en allant seul dans la forêt la nuit… Au bout d’une demi-heure, je retourne à la voiture. Ouf ! J’ai réussi le « test » ! Mais quelle frayeur, quelle tension à l’intérieur de moi !

Le haut des arbres devant le ciel la nuit

Deux-trois jours plus tard, je ressens à nouveau cet appel, ou besoin ? ou envie ? d’aller en forêt la nuit. Il y a quelque chose au fond de moi qui me pousse à sortir, à aller à la rencontre de la nuit.

Au fil des mois, je prends peu à peu confiance. Je m’éloigne de plus en plus de la voiture, je reste de plus en plus longtemps dans la forêt. Je m’assois, j’écoute, je m’habitue aux sons nocturnes ou au silence : ils ne sont plus du tout angoissants, au contraire, ils sont apaisants. C’est l’immense et beau calme de la forêt en début de nuit.

Finalement, en août 2020, je passe toute une nuit tout seul dans la forêt, juste avec un sac de couchage. Joie immense. Paix profonde. Ce fut une belle expérience, renouvelée régulièrement durant la belle saison. Quel bonheur, au cours cette nuit, lorsque j’ouvre un œil, de contempler l’immense voûte étoilée, ou le matin, de voir l’aurore se lever, de sentir les rayons de soleil me caresser comme autant de petits « bonjours » amicaux !

En quelques mois, j’ai réussi non sans mal à surmonter mes peurs (réelles ou produites par l’imagination). Maintenant, je me promène la nuit dans les chemins et sentiers de nos forêts. Je n’ai plus peur, même s’il subsiste ici ou là, quelques furtives appréhensions – la forêt a longtemps été un endroit dangereux et mortel (et ça l’est encore dans certaines parties du monde). C’est comme si j’avais apprivoisé la nuit (ou serait-ce l’inverse ? c’est la nuit qui m’a apprivoisé).

Pour moi, la nuit n’est plus quelque chose à craindre (en tous cas, pas sous nos latitudes), mais elle est devenue une « amie » qui me donne beaucoup de joie et de sérénité, et qui me livre des enseignements et des leçons de vie. Presque à chaque fois, je rentre de ma virée nocturne avec de nouvelles idées, de nouvelles pensées, comme si la nuit me formait et me préparait à une destinée nouvelle.

La nuit n’est pas hostile, elle n’est pas effrayante, elle n’est pas à fuir, elle est comme une compagne qui dispense ses joies à celui ou celle qui a changé son regard sur elle.

Et les joies que m’offre la forêt sont magnifiques : un renard s’approche tranquillement de moi, il est à deux mètres, on se regarde quelques instants, il repart en trottinant ; quelques temps plus tard, un chevreuil passe tout près de moi, puis deux cerfs viennent à ma rencontre… Parmi ces joies, il y a celle, toute simple, d’être assis là, sur une souche, un tronc, un rocher, sans attente particulière, et de voir la nuit tomber, d’entendre les oiseaux, les chouettes, de contempler la Lune qui se lève entre les sapins, d’admirer les myriades d’étoiles, de me lier avec certains arbres, de leur parler et de recevoir des enseignements de leur part.

Enseignements

Dès le début de ce curieux « appel », je me suis demandé ce qu’il pouvait bien signifier. Pourquoi suis-je attiré par la nuit ? Quel sens cela avait-il de rester deux-trois heures à grelotter dans la forêt ?

Un jour, je me suis dit que pour avoir une réponse, il fallait que je pose directement la question à la Nuit, à l’Esprit de la Nuit : « Que veux-tu me faire comprendre ? Que dois-je apprendre de la nuit ? »

Fin juillet 2020, alors que je marchais dans la sombre et belle forêt nocturne, et que je me demandais une fois de plus à quoi pouvait bien rimer mes escapades dans la nuit, j’ai perçu comme une petite voix qui me disait doucement : « Sois comme la nuit » …

Enfin ! Enfin une piste de réflexion, une exhortation, une invitation, une direction ! Mais que signifie « Sois comme la nuit » ? Au fil du temps, les choses sont devenues plus claires.

« Sois comme la nuit », cela signifie :

  • « Sois humble, discret, comme la nuit » – Elle descend tranquillement, sans faire de bruit, sans tambour ni trompette, sans fierté ni orgueil.
  • « Sois doux comme la nuit » – Elle étend paisiblement son voile sombre sans à-coups, sans cris, sans gestes brusques.
  • « Aie un cœur « pur » comme la nuit » – Elle vient telle qu’elle est, sans rien cacher, sans arrière-pensées.
  • « Ne fais pas de différences entre les gens, ne juge pas » – La Nuit étend son manteau sur le monde entier sans restriction, sans choisir, sans exclure.
  • « Laisse-toi remplir par la plénitude de la vie » – La Nuit, lorsqu’elle tombe, embrasse et emplit toute chose. Ce n’est pas une plénitude qui écrase, mais une plénitude douce et humble, une plénitude au service de la Vie, une plénitude d’Amour et de Guérison.
  • « Prête attention à tes sens » – Écoute les oiseaux, la chouette, le chevreuil, le cerf, le sanglier, le vent, le ruisseau, les feuilles, le murmure des Esprits. Touche les arbres, leurs branches, la terre, l’herbe. Sens l’odeur des arbres, de l’herbe humide, de la poussière du sol. Goûte les fruits, les baies, les feuilles. Regarde la cime des arbres, la lune, les étoiles.

Certes, cette « plénitude des sens » peut s’éprouver à tout instant de la journée, mais il me semble qu’elle est plus intense durant la nuit. Quand je me promène dans le royaume nocturne, quand je dors dans la forêt, tous mes sens sont ouverts : j’écoute, je sens, je ressens, je touche. Mon corps, mon cœur, sont pleins de d’images, de sensations, d’impressions…

  • « Pars à la rencontre de ta « nuit intérieure » » – Accepte-la, apprivoise-la, apprends d’elle, transforme-la en lumière. 
  • « N’aie pas peur » – C’est peut-être la plus importante des leçons que la Nuit m’a appris : surmonter la peur, faire confiance, s’abandonner au plaisir de marcher dans le silence et la beauté. Quand la peur n’écrase plus le cœur et l’esprit, quand elle ne paralyse plus les sens, alors, viennent les odeurs de la terre, les effluves parfumées des arbres et des herbes, la brise qui effleure mon visage.

Alors vient la joie. La joie du moment présent, la joie d’être en communion avec la Nature, la joie d’être pleinement connecté avec le Vivant.

Alors vient aussi la Gratitude. Elle remplit mon âme, elle inonde mon cœur, elle fait vibrer mon corps.

Alors, enfin, la nuit s’illumine, les étoiles tombent du ciel et je danse avec elles.

* * * *

Mais ici ou là, je me pose quand même des questions : que signifie cet appel ? D’où vient-il ? Pourquoi aller marcher comme cela dans la nuit ? Qui, dans le temps, allait marcher dans la forêt en pleine nuit ? Y avait-il un ancêtre qui était sorcier, druide, chamane ? L’ai-je moi-même été, chamane, dans une vie antérieure ?

Février 2020

Non loin de chez moi, je participe à un stage de base de deux jours en chamanisme celtique conduit par Gilles Wurtz (formateur et auteur de plusieurs livres sur la question).

Je mets les pieds dans un milieu que je ne connais absolument pas. Il y a une trentaine de participants, certains un peu « allumés », d’autres un peu « paumés », il y en a qui veulent guérir tout le monde, d’autres qui veulent enseigner tout le monde – j’imagine que c’est un peu le cas dans d’autres stages de ce genre.

Mais soyons positifs : j’apprends ce qu’est un animal-totem (totem signifiant tout simplement « allié »), je comprends ce qu’est un voyage chamanique – c’est bien, je peux enfin mettre un nom sur ce que je vis déjà seul chez moi – je trouve mon tambour (ou lui me trouve…), je fais de belles « rencontres chamaniques » (animal-totem, esprits-enseignants) (mais d’autres participants ne vivent absolument rien…). J’y apprends quelques rituels à pratiquer chez soi.

(Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce genre de stage, sur le bien-fondé même d’un stage « chamanique » ; on n’apprend pas le chamanisme de cette façon… d’ailleurs, peut-on seulement « apprendre » le chamanisme ?)

Juste après ce stage, je pars une semaine dans un couvent. J’emmène tambour et livres, et un petit carnet pour noter les expériences, les questions, les enseignements. C’est une belle semaine. Je pratique régulièrement les rituels appris durant le stage, je les développe et les perfectionne, je joue du tambour (en sourdine) le matin, à midi, à la tombée de la nuit. J’ai emmené quelques encyclopédies sur le chamanisme, et divers livres tous azimuts (chamanisme mongol, nord et sud-américain, néo-chamanisme : bref, un joyeux mélange qui part dans toutes les directions – c’est comme ça au début, on cherche, on tâte, on essaye…).

Durant cette semaine, dans mes séances avec le tambour, Loup me fait rencontrer d’autres animaux-totems, qui auront chacun une fonction dans un domaine de ma vie.

* * * * * *

Puis, en mars 2020, vient le confinement. Tout s’arrête quelques mois. Pour beaucoup, c’est une malédiction. Pour moi, c’est une bénédiction. J’ai le temps de lire, de méditer, de réfléchir, d’observer la nature et d’en tirer des enseignements chamaniques, j’écris, je synthétise mes expériences dans mes petits carnets.

Évolution, développement, accompagnement chamanique, création du site « Chemins d’Harmonie »

Peu à peu, je parle de mes expériences chamaniques autour de moi ; certains sont intéressés, d’autres froncent les sourcils.

Je progresse dans la connaissance (théorie, pratique des rituels) et un groupe « chamanique » se crée autour de moi. Cinq-six personnes intéressées me demandent de donner un enseignement sur le sujet, certains souhaitent rencontrer leur animal-totem. Je me lance. J’explique le chamanisme (histoire, principes), je prends le tambour, je les emmène en « voyage chamanique » à la rencontre de leur animal-totem. Et comme durant le stage, certains vivent une belle expérience (et sont tout contents), d’autre ne rencontrent qu’une « page blanche » (et sont tout déçus – forcément).

Ces résultats mitigés lors des sessions en groupe m’interrogent. D’autant plus que, quand la rencontre a lieu chez moi, quand on est que deux et qu’il y a demande, quand je peux prendre le temps d’appeler les Esprits-Alliés avec mon tambour, là, il y a quasi chaque fois rencontre avec l’animal-totem, là, il y a de belles histoires qui se créent, de belles guérisons intérieures qui s’accomplissent…

En comparant ce qui se passe en groupe et en entretien individuel, je prends peu à peu conscience de la vraie nature du chamanisme. Que le chamanisme est quelque chose de sérieux. Qu’il faut prendre les Esprits au sérieux. Que les rituels sont à prendre au sérieux. Que le chamanisme, ce n’est ne pas pour épater la galerie, pour entendre des « Oh ! » et des « Ah ! ».

Des nuages dans le ciel

Et puis, je découvre sur YouTube ce que je pourrais qualifier de « grande Supercherie » : voilà, par exemple, des « pseudos chamanes » qui font des vidéos « Rencontrer son animal-totem ».  Je suis scandalisé : on y entend des hommes et des femmes qui prennent un ton méditatif et qui vous susurrent à l’oreille comment faire le voyage chamanique, avec parfois un tambour en arrière-fond (le tambour, c’est beaucoup plus que cela !) ou, pire, de la musique relaxante genre zen. C’est se méprendre totalement sur la fonction des Animaux-Totems, pire même, c’est les utiliser à des fins détournés (quand ce n’est pas pour promouvoir les soins payants que proposent l’une ou l’autre de ces personnes). Comme si les Animaux-Totems étaient des « bêtes de foire » … Comme si on pouvait leur donnait des ordres… Où est le profond respect pour les Esprits ?

D’où l’amalgame : chamanisme = technique de relaxation… Ou : chamanisme = outil de développement personnel. Il y a même une vidéo qui annonce « Déployez votre puissance avec votre animal de pouvoir », où est l’humilité qui est une de bases du (vrai) chamanisme ? On n’invoque pas les Esprits pour devenir puissant, on les invoque pour résoudre des problèmes ou des questionnements personnels : les aptitudes et compétences naturelles des Animaux viennent fortifier nos aptitudes personnelles défaillantes.

* * * *

Le temps passe. J’approfondis ma connaissance des Esprits de la Nature, je me mets à leur écoute, ils m’enseignent. Je commence à transmettre ces connaissances et ces enseignements, plusieurs personnes viennent me voir, nous écoutons la voix du Tambour et des Esprits pour grandir dans l’harmonie avec soi-même, avec les autres et avec la Nature.

A chaque fois, les résultats des entretiens, des rituels et des cérémonies sont positifs : mieux-être moral et physique dans la vie des gens, plus d’harmonie en eux, énergie nouvelle en eux pour affronter la vie et ses problèmes, pour trouver des solutions, etc.

Je ne m’attribue pas le mérite de ce mieux-être, ce sont les Esprits qui agissent, je souhaite juste être un « os creux » (hollow bone en anglais, tradition lakota) au travers duquel les Esprits peuvent œuvrer sans rencontrer trop d’obstacles liés à l’égo (orgueil, pouvoir, jugement, recherche de succès).

C’est en constatant ces résultats positifs que je me mets à réfléchir, d’une part, à la possibilité d’avoir une maison proche de la Nature et de la forêt et dans laquelle je peux enseigner le chamanisme et recevoir des personnes, et d’autre part, à la création d’un site Internet où je proposerais formation et accompagnement personnalisé. Peu à peu, les choses se concrétisent. Ce qui semblait quasi-impossible (trouver une maison) se concrétise : en août 2025, je déménage dans un hameau isolé et paisible dans le massif des Vosges, à quelques pas de la forêt. Et début 2026, le site Internet est créé.

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